Elio Sandri, Cascina Disa Bio certifié

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À Perno, sur les hauteurs de Monforte d’Alba, Elio Sandri travaille ses vignes avec une attention presque instinctive. Il observe avant d’agir, accepte les différences entre les millésimes et cherche moins à imposer un style qu’à permettre au Nebbiolo d’exprimer le lieu dont il vient.

Ses Barolo sont des vins de patience : précis, profondément traditionnels, sans recherche d’effet et capables d’évoluer pendant de longues années.

Situation, historique

Cascina Disa se trouve à Perno, dans la commune de Monforte d’Alba. Le père d’Elio, Giovanni Sandri, acquiert la propriété en 1965. Elio en reprend très jeune la responsabilité et vinifie son premier millésime en 1981.

Le domaine forme encore aujourd’hui une véritable cascina piémontaise : maison, cave et environ 7,5 hectares de vignes d’un seul tenant, entourés par endroits de bois. Les parcelles présentent différentes expositions, les Nebbiolo occupant principalement les versants sud et est.

Depuis plus de quarante ans, Elio poursuit son chemin avec une remarquable constance, relativement à l’écart des modes qui ont traversé Barolo.

Terroir et climat

Perno possède une géologie particulièrement complexe.

Selon les secteurs se mêlent marnes calcaires, sable et grès. Certaines parcelles révèlent ces marnes bleu-gris caractéristiques que l’on retrouve notamment à Ceretta, où le sous-sol affleure sous une couche de terre relativement mince.

Mais Elio ne réduit jamais un terroir à sa seule géologie.

L’exposition, la profondeur des sols, l’eau disponible, l’âge de la vigne ou encore le porte-greffe comptent tout autant.

La visite 2026 en a donné une illustration saisissante. Pour Elio, le problème d’une année très chaude ne réside pas seulement dans la température atteinte, mais surtout dans le moment où arrive la chaleur.

Le Nebbiolo a besoin d’un cycle long. Une vigne qui subit un stress sévère trop tôt dans la saison commence, selon son expression, à « penser à elle » avant de penser à ses raisins.

C’est une lecture du réchauffement climatique bien plus complexe que la simple équation : davantage de chaleur, davantage de maturité.

Travail à la vigne

Elio cherche avant tout à conserver l’équilibre naturel de ses vignes.

L’enherbement en constitue une part importante. Il le décrit avec une phrase qui résume assez bien sa philosophie :

« J’aime l’enherbement parce qu’il travaille en alliance avec la vigne. »

Les apports de matière organique sont raisonnés selon les besoins des différentes zones. Lorsqu’il estime qu’une vigne doit recevoir davantage d’humus ou de fumier, son premier objectif n’est pas d’augmenter la production :

il veut d’abord remettre la plante dans de bonnes conditions.

Cette attention s’étend au paysage lui-même.

Elio tient à préserver les zones boisées entourant Cascina Disa. Il envisage même d’acheter certaines parcelles voisines précisément pour qu’elles restent des forêts plutôt que de devenir de nouvelles vignes.

Pour lui, la vigne ne devrait pas transformer toute la colline en surface agricole parfaitement uniforme.

Le domaine est d’ailleurs entouré de zones boisées qui participent encore à son caractère de petite exploitation isolée au cœur de Perno. 

La cave

La cave poursuit la même logique : accompagner le vin plutôt que lui imposer une signature.

Les fermentations se déroulent traditionnellement en cuves de ciment, puis les vins sont élevés dans de grands foudres. Les durées d’élevage varient considérablement selon les vins et les millésimes.

Elio accorde notamment beaucoup d’attention aux températures de fermentation. Lorsque les raisins arrivent très chauds, les fermentations peuvent démarrer brutalement et produire rapidement beaucoup de chaleur.

Or, pour lui, une fermentation trop chaude peut faire perdre une partie des parfums du Nebbiolo.

En 2026, il se souvient ainsi d’être entré dans la cave au début des fermentations et d’avoir eu l’impression qu’elle était remplie de :

« deux cents roses fraîchement coupées ».

Son rapport au bois est tout aussi révélateur.

Avant d’utiliser un foudre neuf, il peut le maintenir plusieurs semaines rempli d’eau salée afin d’en extraire les éléments aromatiques et tanniques les plus marqués.

Le principe est simple :

le foudre doit permettre au vin de vieillir lentement, pas lui donner un goût de bois.


Le temps comme élément du vin

Chez Elio, l’élevage ne s’arrête pas lorsque la bouteille quitte la cave.

Il décrit volontiers la vie d’un vin comme une sinusoïde.

Un Barolo peut être magnifique, puis se refermer, devenir austère, avant de s’ouvrir de nouveau plusieurs années plus tard.

Même quinze minutes dans un verre peuvent modifier profondément la perception d’un vieux millésime.

Cette manière de voir explique aussi sa prudence lorsqu’il juge un vin jeune.

Il préfère regarder comment il évolue plutôt que d’en tirer trop rapidement des conclusions définitives.

Coup de coeur

Ce qui nous touche chez Elio Sandri est probablement cette capacité à regarder avant de décider.

Il observe si une vigne continue à pousser ou s’arrête. Il s’interroge sur le porte-greffe, la profondeur du sol, le moment où arrive la chaleur, la température d’une cuve ou encore la manière dont un Barolo change après quinze minutes dans le verre.

Il accepte aussi qu’un millésime ne puisse pas toujours produire le même vin que le précédent.

Il n’essaie pas de faire disparaître ces différences.

Et derrière cette réflexion très profonde, il reste quelque chose de particulièrement simple : laisser au Nebbiolo suffisamment de temps et d’espace pour raconter Perno.

C’est exactement le genre de vigneron que nous aimons suivre sur la durée.

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